La paraphrénie hypocondriaque

Il s'agit d'une schizophrénie systématisée, dont l'expression est principalement paranoïde (hallucinatoire et faiblement délirante), ce qui la range parmi les paraphrénies. Après une phase processuelle, le tableau clinique va peu évoluer, autrement dit il n'y a pas de rémission. Le tableau se caractérise alors par des hallucinations corporelles absurdes et acoustico-verbales à l'origine d'un délire d'influence modeste, ainsi que par une humeur maussade. La gêne fonctionnelle est modérée, mais plus importante que dans la paraphrénie phonémique.

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Historique

La paraphrénie hypocondriaque a été isolée par Kleist et Leonhard des autres formes de troubles s'associant à un ressenti corporel anormal (cf. diagnostic différentiel).

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Clinique

La phase processuelle
Elle n'est pas caractéristique, encore que les hallucinations corporelles sont en règle présentes dès le début du trouble. Une dépression ou une dysthymie est souvent présente au début de la phase processuelle. On peut assister comme pour toutes les formes systématisées à des pseudo-rémissions au cours des 2 premières années (25 à 30% des cas).

La phase d'état
Le tableau d'état est assez rapidement identifiable. Il est constitué d'une triade : hallucinations corporelles et acoustico-verbales, celles-ci sous-tendant un délire d'influence, et une humeur insatisfaite, maussade.
Les sensations corporelles sont ressenties comme étant d'origine extérieure ayant un caractère de torture, de vexation, ou d'insulte. La plupart du temps les organes qui sont le siège des sensations anormales sont internes et n'entraînent aucune prise de conscience. De plus elles ne sont pas décrites comme des sensations normales (brûlure, piqûre), mais en usant de comparaisons curieuses : une piqûre est comparée à une aiguille qui traverse la tête, une brûlure à une contraction de la peau. Le descriptif est classiquement grotesque, mais le patient peut se rendre compte du décalage avec la "normalité" et évite alors de décrire ses sensations de façon trop explicite.
Les hallucinations acoustico-verbales sont quasi constantes et généralement ressenties comme un moyen de les tourmenter. Leur contenu est la plupart du temps désagréable (insultes ...) et certaines peuvent être des injonctions auxquelles le patient obéit. Le patient a du mal à répéter mot-à-mot ce qu'il entend.
Il existe aussi des hallucinations du goût et de l'odorat, voire parfois de la vision. Ces dernières sont le plus souvent simples et rarement prédominantes.
L'humeur est maussade, insatisfaite, et peut se transformer en irritation. Mais l'affect est préservé, même après une longue période d'hospitalisation.
Le trouble de la pensée est mineur, Leonhard décrit la pensée de ces patients comme déconcentrée, distraite. Le discours est émaillé de digressions, mais celle-ci est en règle cotées aux échelles symptomatiques dans les valeurs normales. Le patient résout convenablement les tests d'intelligence. C'est seulement après un long entretien que le trouble peut devenir manifeste.

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Diagnostics différentiels

La névrose hypochondriaque, la dépression, l'euphorie hypochondriaque et les névroses hypocondriaques se construisent à partir des sensations corporelles normales ou hallucinatoires mais ne sont jamais ressenties comme ayant une cause extérieure et encore moins pris pour une torture ou avoir un caractère vexatoire ou insultant.

La paraphrénie affective doit être la première hypothèse diagnostic devant un syndrome d'influence "blanc" (ne peut décrire de sensation exacte, dire simplement que son corps est influencé). Le délire de la paraphrénie hypocondriaque est une simple explication des sensations. Il est présenté sans la charge affective de la paraphrénie affective.

On observe encore des sensations hypochondriaques dans l’hébéphrénie bizarre où elles s’intègrent dans la tonalité plaintive de l’humeur et s’accompagnent d’un aplatissement des affects et d’un maniérisme particulier.

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Rapport avec les classifications internationales.

Les idées délirantes sont bizarres et les hallucinations constantes de sorte que le diagnostic de schizophrénie, le plus souvent paranoïde, est le plus souvent retenu. Il n'est pas rare que dans la phase processuelle, le trouble thymique soit plus prononcé et que l'on puisse poser le diagnostic de trouble schizo-affectifs de type dépressif.

Remarque : cette forme débute souvent tardivement et fait partie du contingent de ce que nous appelons en France "psychose hallucinatoire chronique" (PHC), un tableau qui a aussi été identifié par les anglais sous le nom de "late paraphrenia", mais que les américains préfèrent garder sous l'appellation schizophrénie en rajoutant à début tardif ("late onset schizophrenia"). Il est cependant intéressant de noter que anglais et américains ont retrouvé certains des caractères classiques de nos PHC : peu ou pas de dissociation, prédominance féminine, tendance à l'isolement déjà avant l'éclosion des symptômes. Attention, la paraphrénie hypocondriaque n'est pas la seule, le plus gros contingent est sans doute formé par les paraphrénies affectives, la forme phonémique étant sans doute la plus rare.

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Terrain

L'age moyen de survenu est de 36 ans, avec une prédominance féminine (3 femmes pour 2 hommes). Il n'y a pas ou très peu de composante héréditaire (5% des apparentés du premier degré souffre d'un trouble psychotique).

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Pronostic

Sur le plan symptomatique, le pronostic est celui de toute forme systématisée de schizophrénie : les symptômes ne disparaîtrons pas, le plus souvent même sous neuroleptiques. Tout au plus le patient peut-il s'y s'adapter. Sur la plan fonctionnel en revanche, en dehors de la phase processuelle, ce sont des patients indépendants, qui savent s'occuper d'eux-même, voir de leur proches et gérer un budget. En revanche, ils conservent rarement un travail s'ils n'y sont pas fortement incités.

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Traitement

Sur le plan thérapeutique, les neuroleptiques ne permettent le plus souvent qu'une petite réduction des symptômes rarement leur disparition. La clozapine ne semble pas avoir d'efficacité supérieure dans cette indication. Les antidépresseurs peuvent être prescrits à titre symptomatique.

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Cas cliniques

Cocje

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Références

Textes de référence pour la paraphrénie hypocondriaque :

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