La dépression hypocondriaque

Il s'agit d'une forme rare comme c'est le cas de toutes les dépressions pures. Son aspect dépressif est souvent moins marqué que les plaintes du patient au sujet de sensations anormales dans le corps. Si des craintes hypocondriaques peuvent se manifester, elles sont secondaires à ces sensations anormales et ne constituent pas un argument diagnostique. C'est un trouble rémittent avec des épisodes dont le début et la fin sont généralement peu tranchés. Occasionnellement l'évolution peut être chronique avec des épisodes de plusieurs dizaines d'années. Il n'y a pas d'accumulation de symptômes.

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Clinique

Deux symptômes doivent être réunis pour établir un diagnostic de dépression hypocondriaque :

  • Une humeur dépressive, généralement peu marquée, mais présente. Elle ne s'accompagne jamais d'un ralentissement significatif. Les idées dépressives classiques (sentiment d’infériorité, perte de l’estime de soi, culpabilité inappropriée, ruine ...) sont en règle générale absentes ou à peine ébauchées.
  • Le patient décrit des sensations corporelles anormales qui sont de véritables hallucinations cénesthésiques. Celles-ci sont généralement au centre des nombreuses plaintes émises par le patient. Il reconnait généralement qu'elles sont différentes des sensations "normales" qu'il a pu éprouver dans le passé. Le terme de douleur est souvent utilisé sans que le patient ait toujours mal à proprement parler, il est surtout dérangé par ces sensations. Celles-ci sont diffuses, affectant de larges régions aux limites floues, et changent facilement de place. Il les décrit souvent par des "comme si" : comme si son cœur ou son cerveau se contractait, comme si on l'étirait de l'intérieur, comme si on le transperçait à partir de la tête, comme s'il avait des couteaux dans le corps... Le descriptif est souvent très vivant et le patient le renouvelle fréquemment. Les organes qui ressentent ces sensations sont normalement peu ou pas sensibles. Ce sensations ne sont jamais vécues comme étant imposées par une entité ou une force extérieure à l'inverse des phénomène cénesthésiques décrits de la même façon dans certaines schizophrénies. Il arrive souvent que des idées hypocondriaques, comme la conviction d'être atteint par une maladie incurable, de pourrir de l'intérieur, découlent de ces sensations, mais celles-ci sont sans intérêt pour le diagnostic puisqu'elles sont aspécifiques et loin d'être systématiques.

Bien que non systématiques, les phénomènes d'étrangeté sont fréquemment présents. Le plus souvent discrets, ils peuvent cependant être dans certains cas à l'avant du tableau. Ils ne concernent jamais la sphère des sentiments de haut niveau comme dans la dépression indifférente, c.à.d. qu'il n'y a pas d'impression de manquer de sentiment pour les autres. L'aliénation ne concerne que les sensations corporelles le plus souvent (impression de membre léger, de vide à l'intérieur ...), parfois les autres sens, plutôt le gout, l'odorat que la vision et l'audition, et parfois aussi la capacité à se représenter les choses mentalement (un proche, un visage par exemple).

Le risque suicidaire est faible car la dépression est moins profonde et affecte moins la personnalité que la mélancolie pure et la dépression agitée.

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Pronostic

L'évolution est le plus souvent cyclique avec des épisodes entrecoupés de rémission. Le début et la fin des épisodes est rarement claire et se fait généralement sur plusieurs semaines ou mois.
Souvent il existe des épisodes dépressifs caractérisés entre lesquels persistent les symptômes, mais cela ne signifie pas qu'ils soient chroniques au sens CIM/DSM. Pour Leonhard en revanche, l'épisode dure du début des symptômes jusqu'à leur fin, que les symptômes dépassent ou non un certain seuil. Si on suit cette définition, l'épisode peut être long, 18 mois en moyenne. Mais cela inclut les quelques formes chroniques qui peuvent parfois durer un voir des dizaines d'années.
Cependant, même après des délais aussi long, la rémission symptomatique complète est la règle. Malheureusement, la récidive l'est aussi avec une moyenne de l'ordre d'1 épisode tous les 5 ans.

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Références

Voici les textes de référence pour la dépression hypocondriaque :

  • Extrait de "Classification des psychoses endogènes", ed. 2015. en cours. traduit de "Aufteilung der endogenen Psychosen", ed. 2004. p. 31-37 (cf. version allemande). A aussi été traduit en anglais "Classification of endogeneous psychosis", ed. 1999. p. 30-36 (cf. version anglaise) ainsi qu'en espagnol "Clasificación de las psicosis endógenas", ed. 1999. (cf. version espagnole) (cf. livre).
  • Extrait de "Diagnostic différentiel des psychoses endogènes", ed. 2014. p. 56-57. Traduit de "Differenzierte Diagnostik der endogenen Psychosen", ed. 1991. p. 42-43 (cf. version allemande) (cf. livre).
  • Extrait de "35 psychoses", ed. 2009. p. 61-63 (cf. livre).

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